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Les fausses bonnes idées du design…

Plantons le décor : Vous êtes chez vous, confortablement installés dans votre canapé, vous feuilletez un magazine sur un fond de musique, tout est parfait.

Vous tournez nonchalamment une page et soudain votre cœur s’emballe : votre œil vient tout juste de tomber sur la photo de votre nouvelle raison de vivre…
En quelques secondes vous vous êtes retrouvés pris au piège d’un talentueux designer.

Vous venez de découvrir un objet inattendu, pensé par un designer ou un artiste qui a eu une idée simple, efficace, limpide. De plus, le résultat est très esthétique, c’est une sculpture en soit, une pure merveille ! Cette découverte accapare vos pensées jusqu’à l’obsession.

Plus aucun doute n’est permis, il vous le faut absolument, peu importe son prix.
Cet objet vous est maintenant devenu indispensable, vous allez, vous voulez céder à cette nouvelle tentation du design.

Après une rapide recherche sur internet, vous découvrez le prix de ce « must have ». Ce dernier calme, dans un premier temps, vos ardeurs, mais étant plus que convaincu de la nécessité absolue de posséder une telle merveille, vous vous précipitez à l’adresse indiquée dans votre magazine.

Une fois sur place, vous demandez votre objet le cœur battant, à l’idée qu’il soit en rupture de stock.
Après avoir été rassurés sur sa disponibilité, on vous vante alors ses qualités, que c’est un objet incontournable, unique et que vous êtes une personne de qualité au goût très sur !

Retournés chez vous, vous redécouvrez cette merveille, aussi excités qu’un enfant ouvrant un cadeau de Noël, (d’ailleurs, vous avez précisé que c’était pour offrir afin d’avoir un bel emballage), et vous cherchez tout de suite à l’utiliser… Vous êtes au faîte du bonheur et de la félicité.

Admettons ici que l’objet de toutes vos convoitises soit un presse-agrume ou une carafe à décanter. Vous commencez à l’utiliser pour ce à quoi il est destiné, et soudainement, le doute vous submerge. Comment se fait-il que mon presse-agrume goutte de partout ? Pourquoi ma carafe à décanter est impossible à nettoyer ?

Cet objet est pourtant parfait !

Vous avez raison, il est parfait conceptuellement et esthétiquement parlant. Cependant il n’est pas conçu pour remplir de manière optimale sa fonction première, à savoir décanter du vin ou presser un agrume. Notre coup de cœur design sensé transcender nos gestes les plus simples s’avère bien décevant.

Un objet bien dessiné, donc aux lignes « parfaites », doit être certes visuellement réussi mais il doit aussi pouvoir répondre à sa fonction initiale.
Mais plus que tout, il doit aussi apporter un plaisir indéniable lors de son utilisation.

Si cette dernière se révèle fastidieuse voir impossible, alors cet objet n’est selon moi pas un objet dit « design », mais plutôt un objet d’art conceptuel.

Le charme est alors rompu, consommé, perdu ! Notre bel objet usuel mais « design » redevient purement et exclusivement décoratif.

Pour illustrer mes propos, voici une carafe à décanter de l’artiste bordelais Etienne Meneau :

C’est une belle création, bien qu’elle puisse surprendre ou interpeller certains d’entre nous si l’on imagine que le vin se transforme en sang une fois versé dans les  »veines » de cette carafe.

La voir se remplir de vin doit être très plaisant, mais une fois utilisée,  je me demande comment il peut-être possible de nettoyer une telle carafe avec les dépôts de tanin qui se déposeraient sur les parois mais surtout aux extrémités de chaque veines ou racines ?

Aussi, à moins qu’un œnologue ou un sommelier me certifie le contraire, je ne pense pas que le vin puisse s’y oxygéner pleinement, contrairement à ce que permet la forme d’une carafe traditionnelle. Ainsi, cet objet peut-il encore être considéré comme une carafe à décanter ?

Il ne faut pas vanter les mêmes mérites d’utilisation d’un objet « design » ( un objet esthétique et pensé de façon à répondre parfaitement à sa fonction initiale) à un objet d’art conceptuel car celui-ci, aussi réussi soit il, ne pourra pas être utilisé sans contraintes.

Il est donc selon moi important que l’on n’entretienne pas la confusion entre ces deux types d’objets très différents car ce malentendu peut déboucher sur une grosse déception, de surcroît particulièrement et souvent onéreuse !

Cette carafe, que j’ai prise pour exemple parmi beaucoup d’autres objet « design », est donc ici une représentation conceptuelle à l’intérêt esthétique indéniable, un objet d’art à part entière, tout comme peu l’être le presse-agrume dessiné par Philippe Starck pour Alessi.

Je finirai par rappeler que les designers ont parfois tendance à oublier que ce travail sur les formes esthétiques, ne doit pas masquer l’importance toute aussi grande de l’intérêt fonctionnel et technique de l’objet qu’ils repensent…

Oborobo.

Vous découvrirez toutes les sculptures de verre borosilicate en édition limitée d’Etienne Meneau dans ce lien et d’où on été extraites ces photos.

2 Comments

  1. Jerem
    Posted 11 juillet 2013 at 23 h 00 min | #

    Bonjour,

    Je ne suis pas un expert, mais il s’agit d’une carafe à DÉCANTER (pour séparer les tanins des vins plutôt anciens), et non à CARAFER (plutôt pour les vins jeunes), et vu la forme, cette carafe originale me semble au contraire particulièrement bien adaptée à la décantation !

    (Et pour nettoyer les fonds des carafes à décanter « inaccessibles », il existe des « billes de nettoyage » faites pour.)

    By

    • Oborobo
      Posted 20 août 2013 at 17 h 44 min | #

      Bonsoir,
      Alors dans ce cas un test s’impose… :)
      À bientôt !

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