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Andrée Putman (1925 – 2013)

Une grande Dame s’en est allée… Andrée Putman, l’ambassadrice la plus célèbre, du goût et de la décoration d’intérieur « à la française » a tiré sa révérence le 19 janvier dernier.

Andrée Putman nait en 1925 dans une famille bourgeoise lyonnaise. Son père est banquier, sa mère est concertiste, et pianiste de talent. Sa grand-mère, Rose de Montgolfier est la descendante des inventeurs du ballon à air chaud.

Andrée grandit à Paris mais passe le plus clair de ses étés à l’Abbaye de Fontenay, édifice cistercien, qui abrita jadis les ateliers des frères Montgolfier.
La géométrie du lieu, son dépouillement, ses perspectives, seront à l’origine de ses premières émotions esthétiques et influenceront grandement ses réalisations futures.

Son éducation artistique passe pourtant en priorité par le piano. Lorsqu’elle reçoit des mains de Francis Poulenc, le Premier Prix d’Harmonie du Conservatoire, ce dernier lui rappelle qu’une bonne dizaine d’années supplémentaires seront nécessaires afin de prétendre à une carrière de musicienne. C’en est trop pour Andrée qui s’affranchit d’une carrière prédéfinie et qui souhaite s’affranchir d’un milieu pesant et trop conventionnel.

Lorsqu’elle interroge son autre grand-mère, Madeleine Saint René Taillandier, présidente du prix Fémina sur ce qu’elle pourrait bien faire, cette dernière lui répond « grouillot » !

Qu’à cela ne tienne, Andrée postule à la revue Fémina et effectue toutes les basses taches de la rédaction, tout en observant ce nouveau milieu.

De « grouillot », Andrée, à partir de 1950, devient journaliste et styliste pour les magazines « Elle » et « L’œil » proposant à la rédaction des objets de style de différentes époques, tout en continuant à enrichir ses connaissances sur les grands couturiers et en fréquentant assidûment le Café de Flore. En d’autres mots Andrée s’émancipe !

À la fin des années 50, Andrée Aynard devient Andrée Putman en épousant Jacques Putman, important collectionneur, éditeur et critique d’art. Grâce à ce mariage, Andrée va fréquenter de nombreux artistes tels Pierre Alechinsky, Alberto Giacometti ou encore Niki de Saint Phalle.

 

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Andrée Putman par Xavier Béjot

 

En 1958, elle devient styliste pour Prisunic où elle souhaite faire de « belles choses pour rien ».
En parallèle, avec son mari, elle souhaite également rendre l’art plus accessible, en proposant toujours dans les magasins Prisunic, et à un prix défiant toute concurrence des lithographies à tirage limité.

En 1971, elle crée avec Didier Grumbach une nouvelle société orientée vers le prêt-à-porter et deviendra la révélatrice de nombreux jeunes talents tels Jean Charles de Castelbajac, Issey Miyake, Claude Montana ou encore Thierry Mugler.
Cette société sera installée dans un ancien entrepôt de la SNCF, qu’elle décide d’aménager. Ce seront ici ces premiers pas dans l’agencement. Malheureusement à la fin des années 70, la société périclite et elle divorce, laissant Andrée dans le doute quant à la suite à donner à sa carrière.

1984 marque un tournant dans sa vie. L’aménagement de l’Hôtel Morgans à New York, va devenir sa meilleure publicité. Cet hôtel de luxe est en effet réaménagé avec très peu de moyen tout en proposant des chambres sobres avec des effets d’optique surprenants.
Le style Putman est né !

 

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En 1988, à 53 ans Andrée Putman crée sa propre société « le studio Ecart ».

À l’aube d’une nouvelle décennie, Andrée s’exprime et commence dans un premier temps à ressusciter les oubliés de l’histoire du « design » : Herbst, Jean Michel Frank, Mallet Stevens, Gaudi, Eileen Gray. Un véritable travail d’archéologue commence alors. Elle déniche des pièces, les restaure, établit un catalogue et réédite des pièces devenues introuvables.

 

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La suite donne le tournis : des dizaines de rénovations à travers le monde, de Tokyo à New York, Paris, des hôtels, des boutiques, la boutique historique de Guerlain entre autres,  des bureaux (celui de Jack Lang) mais aussi un partenariat avec Christofle, un parfum « Préparation Parfumée », une ligne de meubles, un seau à champagne pour Veuve Clicquot, un sac pour Louis Vuitton, un bijou pour Swarovsky et j’en oublie sûrement encore…

Il faudra attendre 2010, pour qu’enfin la Mairie de Paris, rende hommage à celle qui aura plus qu’aucun autre, su donner ses lettres de noblesse à la création française et à son inventivité. Cette exposition attirera plus de 250 000 visiteurs.

C’est un jour de neige qu’Andrée Putman nous a quitté.
Paris ce jour là, avec l’aide des arbres, du zinc et de la pierre humide, semblait alors avoir pris le noir et le blanc comme habits. Notre capitale rendait alors à sa manière un hommage à celle qui fit de ces deux teintes ses couleurs fétiches, puis les fondamentaux de son style.

Paris, ce jour là, d’Haussmannien devenait « Putmanien ».

Oborobo.

 

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Andrée Putman par Jean-Baptiste Huynh

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