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« Les artistes ont toujours aimé l’argent », Judith Benhamou-Huet

 

Beaucoup d’entre nous, considèrent aujourd’hui, que l’art de notre époque est avant tout une histoire d’argent.

Du coté des salles de vente, les artistes « en vogue » se vendent à des prix défiant toute logique, renforçant ainsi un peu plus leurs popularités, quant aux acheteurs, pardon les collectionneurs, ils confortent leurs « placements » et entretiennent ainsi faussement la cote des artistes.

Ces mêmes artistes fournissent parfois à grande échelle, des dizaines, voir des centaines de nouvelles œuvres, via des ateliers, proposées ensuite sur le marché de l’art. Seule finalement la signature de l’artiste est apposée sur le tableau.

Où est la beauté du geste ? Et l’amour de l’Art me direz-vous ?  Notre époque serait-elle devenue à ce point matérialiste ? Les artistes de notre époque, motivés uniquement par la santé arrogante de leur compte en banque ?

Je serai tenté de répondre : non, pas uniquement ! Finalement ils ne font que reproduire ce qui existe depuis des siècles et sont parfois même bien en deçà de ce que d’illustres artistes, aujourd’hui exposés dans les musées du monde entier ont pu faire.

Le livre de Judith Benhamou-Huet a le mérite, en 13 portraits d’artistes aussi connus et célébrés que Rembrandt, Canaletto, Manet, Cranach’ ou plus récemment Picasso et Magritte, de malmener le mythe de l’artiste maudit et pauvre, ne vivant que pour son art et totalement étranger à l’appât du gain.

La volonté de l’auteure n’est pas de contester le talent de ces hommes ou la valeur artistique de leurs œuvres mais de restituer une réalité un peu trop souvent oubliée des livres d’histoire de l’Art ou des biographies, à savoir qu’eux aussi ont cherché à s’enrichir et pour certains à étendre leur influence sur un « marché de l’Art » certes naissant, mais déjà très dynamique. On privilégie donc ici plus la nature de l’homme que l’artiste en tant que tel.

Comme le dit clairement le titre de ce livre, les artistes ont toujours aimé l’argent, et la plupart d’entre eux n’ont pas hésité via leurs ateliers respectifs, à signer les œuvres créées par leurs « élèves » , à reproduire en série et à diffuser via la lithographie naissante certaines de leurs peintures (pour Cranach’ par exemple) pour atteindre un « autre marché » plus modeste, voir parfois à dupliquer presque à l’identique un même tableau pour contenter les riches familles ou autres têtes royales. Plus proche de nous, Magritte a « produit » en série des pipes qui n’en étaient pas. Le XXIème siècle finalement, là encore, n’a rien inventé.

Ce petit rappel historique étant fait, je me suis posé une autre question. Ce goût commun pour l’argent signifie t-il pour autant que nos artistes contemporains peuvent être comparés aux « anciens » ?  L’équation semble assez évidente ici : les artistes anciens aimaient l’argent, ceux qui font l’art contemporain aujourd’hui aiment l’argent, donc ce sont des artistes au même titre que les anciens !

Je vous laisse réfléchir à cette question, qui vous taraudera probablement tout au long de ce livre passionnant.

Oborobo.

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Les artistes ont toujours aimé l’argent, Judith Benhamou-Huet, Grasset, 02 mai 2012. (ISBN 2246769817)

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