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Bertrand Meyer Stabley – « Françoise Sagan »‏

 

Françoise Sagan me fait penser à Proust !

Ces deux auteurs ont un patronyme connu de tous et cela bien au delà de nos frontières, mais généralement, quand on aborde leurs œuvres, seul un titre ressort.

« À la recherche du temps perdu » pour Proust, « Bonjour Tristesse » pour Sagan. Pour l’anecdote Sagan adorait l’œuvre de Proust. 

La comparaison s’arrête ici car si de son temps Proust fut finalement peu lu par un large public, faisant parler de lui plus dans les salons parisiens que dans les gazettes littéraires de l’époque, Françoise Sagan très tôt le fut avec son premier roman « Bonjour tristesse ». Ce roman est publié en 1954 et vendu un an après sa publication à 850 000 exemplaires. Elle n’a alors que 18 ans !

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Quasi simultanément, elle défraya la chronique, son amour des voitures, de la vitesse, les sommes d’argent phénoménales très vite gagnées et très vite dépensées ne cesseront d’alimenter les chroniques mondaines des quotidiens.

Saint Tropez, petit village tranquille, deviendra grâce ou à cause d’elle, le village incontournable fréquenté par la jet-set que nous connaissons aujourd’hui.

Elle y rencontrera une jeune actrice débutante : Brigitte Bardot. Ces dernières resteront amies toute leur vie, Brigitte Bardot étant du reste une des rares à avoir, sur quatre décennies, su lui rester fidèle y compris dans les pires moments.  Bernard Franck et Françoise Malraux, la fille d’André Malraux, le seront tout autant.

D’autres amitiés sauront perdurer, entrecoupées de périodes plus chaotiques. Juliette Gréco, la sœur de Juliette Gréco, Jacques Chazot, ancien danseur à l’Opéra de Paris aujourd’hui oublié, font aussi partie de sa garde rapprochée.

 

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Sagan a brulé sa vie. Un très grave accident de voiture au tout début de sa carrière ne la calmera pas pour autant.  En 1957 Françoise rate un tournant au volant de son Austin Martin. Elle restera plusieurs jours entre la vie et la mort. On lui administre alors pendant trois mois, pour calmer la douleur, un puissant dérivé morphinique. Une cure de désintoxication suivra… Doit-on y voir ici le début de son addiction aux drogues ?  Malgré ce sérieux avertissement Françoise Sagan continue de rouler vite, très vite. Un de ses plus gros plaisirs ?  Traverser Paris à toute allure, effrayant passants et autres conducteurs.

 

 

Sagan a écrit pas moins de 20 romans, la plupart ont rencontré un succès public à défaut de succès critique. 8 nouvelles éditées soit par des maisons d’édition ou à la demande de magazines, mais aussi 11 pièces de Théâtre au succès plus mitigé, une biographie « Sarah Bernhardt », des chroniques et divers entretiens viendront compléter son œuvre.

Chose moins connue, Françoise Sagan a également composé des chansons dont une pour Johnny Hallyday en 2000 soit quatre ans avant son décès.

Elle toucha également au cinéma en tant que scénariste ou pour écrire les dialogues.

 

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En un peu plus de quarante ans de carrière Sagan, malgré l’alcool, la drogue et autres excès, fut toujours dans le feu de l’actualité artistique. Parallèlement elle trouve le temps de se marier, deux fois, d’avoir un enfant, et finalement de trouver en la personne de Peggy Roche, ancienne journaliste de mode et styliste, le grand amour. Sagan n’affichera jamais sa bisexualité et restera toujours discrète quant à sa vie amoureuse. Que la presse s’étale sur ses frasques financières ne la dérangeait pas plus que cela, que l’on aborde la partie la plus privée de sa vie en revanche lui faisait horreur. Un reste d’éducation bourgeoise comme elle l’évoquera régulièrement.

Le livre de Bertrand Meyer Stabley aborde également ses amitiés politiques. Pompidou et Mitterrand feront partis de ceux qu’elle fréquenta. Elle votera pour Pompidou puis pour Mitterrand en 1981. Elle sera séduite par le couple Pompidou, leur goût pour l’art, pour la littérature et leur grande simplicité y seront pour beaucoup.  François Mitterand, qu’elle admire et dont l’esprit et la culture l’impressionnent, deviendra un intime. Ils se rencontreront des années durant tous les mois lors de diners chez elle jusqu’au décès du président.

 

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L’auteur évoque également ici la très grande gentillesse et les largesses financières de Sagan, voir sa très grande naïveté. Elle distribua sans cesse cadeaux, bijoux, argent, à ses amis ou à des inconnus fraichement croisés. Sa grande naïveté l’amena par ailleurs à être impliquée dans l’affaire ELF qui défraya la chronique judiciaire au milieu des années 90. 

 

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Plongez vous dans cette biographie qui permet au fil des pages d’avoir un regard fort différent de celui véhiculé par la légende. Bien au delà de tous les scandales liés à la drogue, à l’argent, à l’alcool et autres frasques, ce livre nous permet surtout de découvrir une « femme enfant » à l’intelligence exceptionnelle, riche d’une œuvre conséquente et dont l’impact sur la jeune génération qu’elle représentait alors à l’époque fut considérable.

 

Bonne lecture.

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Bertrand Meyer Stabley – « Françoise Sagan »‏,
Pygmalion, 16 avril 2014, ISBN 275640537X

 

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